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Comment expliquer la dépendance des marchés financiers aux politiques monétaires ?

Depuis plus de 20 ans, les Banques centrales pratiquent des politiques toujours plus expansionnistes. Ce qui n’est pas historiquement anormal. Les politiques monétaires déterminent de plus en plus l’orientation des marchés, à la hausse comme à la baisse. Les réajustements monétaires à venir seront déterminants. C’est le cœur du propos de mon document prévisionnel.

Un monde normal ?

Entre août 1971 et mars 2020, la masse monétaire M2 a été multipliée par 26 aux États-Unis. Une nette accélération de la dynamique monétaire a commencé à partir des années 2000. Le fait que les politiques monétaires deviennent de plus expansionnistes depuis 20 ans s’explique par la dynamique économique. Au début des années 1981, la manœuvre de Paul Volcker a définitivement instauré un équilibre de désinflation, de chute des taux et de la croissance, et enfin de hausse de l’endettement et des déficits publics. Cet équilibre a très bien fonctionné pendant 20 ans, ce qui a mené à survalorisation des actions (jusqu’au années 2000). Les années 2000 correspondent aussi au moment où les taux réels (taux moins inflation) sont devenus durablement plus bas que la croissance.

Depuis 20 ans, nous vivons dans un monde en manque permanent et graduel de liquidités. Et ce en raison des tensions graduelles que provoque l’équilibre économique (désinflation, chute des taux, etc.) instauré il y a 40 ans. L’Histoire montre que c’est une régularité historique (qui dure statistiquement 3 décennies au regard des 3 derniers siècles). Cela oblige les banques centrales à se soumettre à des politiques toujours plus accommodantes sur une longue période.

Les politiques monétaires actuelles sont sans précédent intensif. Néanmoins, d’un point de vue temporel, nous décrivons une réaction classique du cycle monétaire face au cycle économique. C’est le cœur du propos de mon document prévisionnel : 2020-2035 : cycles économiques, monétaires et financiers – Thomas Andrieu (andrieuthomas.com). Il y aura un changement d’équilibre avant 20 ans, avec toutes les conséquences qu’il en advient. Ce sur quoi je reviens également dans mon tout dernier livre sur l’or et l’argent.

Un monde de crises de liquidités à répétition

Une système économique défaillant implique des tensions graduelles sur les liquidités. Ce qui oblige les banques centrales à des politiques accommodantes. Le risque de liquidités sur les marchés s’est ainsi accru considérablement ces dernières années. Le fait est que les crises de liquidités sont de plus en plus récurrentes et menaçantes au fur et à mesure que les responsabilités centrales augmentent.

En septembre 2019, il y a eu une crise majeure du marché Repo qui a menacé de très près la stabilité systémique. Dans les mois qui ont suivi, le Japon est entré en récession, avant même les mesures de COVID-19. Cette crise Repo a montré l’incapacité forte des Banques centrales à remonter les taux à long terme sans provoquer une crise systémique majeure. Sur le graphique, cette crise se matérialise par la hausse extrême du taux repo qui est monté jusqu’à plus de 10% (contre 2% habituellement) entre les 16 et 17 septembre 2019.

En 2008, les politiques légèrement expansionnistes menées depuis 2000 ont participé à amplifier le cycle économique. Ce qui a aussi débouché sur une crise de liquidités en 2008 (Repo 105). Le processus se répète jusqu’à la crise structurelle ou bien la japonisation totale, si ce n’est les deux.

Les liquidités dirigent maintenant les marchés

Les marchés ont fortement progressé à partir du printemps 2020 grâce à l’abondance de liquidités et de la reprise économique partielle. L’annonce du vaccin a également précipité le retour des indices sur les niveaux d’avant crise, et au-delà en fin d’année 2020. Comparé à la base monétaire, les marchés boursiers ont même perdu une faible partie de leur valorisation pré-COVID. En effet, le ratio Dow Jones/Base Monétaire M2 (USA) est à 1,6 en février 2021 (contre 2,4 en 2000 ; 1,8 en 2007 ; et 1,8 fin 2018). Les marchés subissent aujourd’hui un phénomène de plafonnement monétaire.

Nous l’avons vu, l’équilibre économique est de plus en plus dépendant de la conjoncture monétaire. Ce qui explique la surréaction des marchés face aux politiques monétaires. L’enjeu n’est plus économique, mais monétaire. Les taux sont maintenant le cœur directeur des marchés. Voir mon article pour le fonds RocheGrup : Interest rate: the new hearth of the market | Roche Grup.

La hausse des bilans centraux à l’excès provoque un gonflement du deuxième marché après l’immobilier : les obligations. Ce qui se répercute sur les actions et ainsi de suite… La réduction de l’intensité des politiques monétaires dans les prochaines années va provoquer, avec des déficits hautement structurels et une crise de solvabilité, un risque de défaillance du système financier. Les soutiens centraux d’aujourd’hui sont les pertes en croissance et en solvabilité de demain. Il arrive nécessairement un moment où diminuer l’intensité des politiques a des effets irréversibles sur les liquidités.

Enfin, une menace majeure à un changement dans le cycle monétaire serait l’inflation. Historiquement, l’inflation bénéficie aux marchés boursiers (meilleurs résultats) et défavorise les obligations et rentes diverses. De nos jours, un retour de l’inflation permettrait de réajuster le taux réel et de favoriser fortement la croissance. Néanmoins, les risques systémiques d’une telle manœuvre sont considérables. Seule une lente hausse des taux pourrait être envisagée comme c’est le cas aujourd’hui. Mais en ce faisant, les banques centrales favoriseraient un risque supplémentaire de crise de liquidités.

Ces 40 dernières, de nombreux États ont développé une sensibilité extrême à la variation des taux. Un retour de l’inflation aurait plus d’impacts négatifs sur le service de la dette que d’effets positifs de rentrées fiscales. C’est en particulier le cas en Europe, qui a presque franchi le point de non retour dans la logique de japonisation.

Article rédigé par Thomas Andrieu

Auteur de « 2020-2035 : cycles économiques, monétaires et financiers« 

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